Fédération des Organisations des Producteurs Agricole du Congo au Nord-Kivu

L’agriculture souffre des activités minières à Rubaya

mardi 19 janvier 2016 par Jean Baptiste Musabyimana

Dans le carré minier de Rubaya, territoire de Masisi, au Nord-Kivu, en RDCongo les activités agro-pastorales peinent face aux activités d’extraction des minerais. L’exploitation minière a un impact sur l’agriculture locale, l’environnement, la santé et d’autres aspects de la vie socio-économique des populations vivant dans et autour du carré minier.

Contribuer à l’évaluation des conséquences d’une exploitation minière non contrôlée sur l’agriculture au Nord-Kivu, principalement par la conduite des études des cas sur les conséquences d’une exploitation minière non contrôlée sur l’agriculture, voilà l’objectif de la deuxième étude menée par le CRONGD (Collectif des Réseaux des Organisations Non Gouvernementales) à Rubaya au cours de l’année 2015. Cette deuxième étude, qui se veut comparative par rapport à la première réalisée en 2014, permet, tout en analysant la situation après une année, d’évaluer les évolutions soit dans le sens positif, soit dans le sens négatif en vue de renforcer le plaidoyer déjà amorcé avec les autorités provinciales et toutes les parties prenantes dans les volets de l’exploitation minière et agricole. Pour plus d’efficacité, à partir de cette nouvelle étude, il a été question de produire des études des cas et bien les documenter pour que ceux-ci soient publiés au niveau National.
Exploitation minière toujours croissante à Rubaya
Le carré minier de Rubaya couvre les villages de Rugeshi, Kalambairo, Kasura, Luwowo, Gakombe et Muderi. Ces différents villages correspondent aux différents sites miniers dont 5 sont exploités par la COOPERAMA (Bibatama, Nyange, Luwowo, Gakombe et Muderi) alors qu’un seul est exploité par la société MHI à Kalambairo. Tous ces sites se trouvent dans la chefferie de Bahunde, groupements Karuba et Matanda. Rubaya est une cité confinée entre les montagnes dont l’activité principale reste l’exploitation minière et ses activités connexes, suivie de l’élevage des gros bétails et de l’agriculture. L’exploitation minière et l’élevage de gros bétail occupent de grandes étendues des terres au détriment de l’agriculture dans la zone. Avec l’exploitation des minerais qui attire beaucoup de monde, l’agglomération de Rubaya est devenue un grand centre de négoce avec le statut de cité qui, avec l’effectivité de la décentralisation, est comptée parmi les futures communes rurales du Nord Kivu. L’histoire du village relate que, le milieu a été jadis une concession minière à l’époque coloniale sous la gestion de la MGL (Mine des Grands Lacs) devenue SOMINKI (Société minière du Kivu) pour l’extraction du manganèse, du colombo-tantalite et de la Cassitérite. Après le départ des colons belges, la concession minière est passée entre les mains de Monsieur IDEBRA pendant la 2e République (époque de Mobutu). Cependant, il est à noter que c’est pendant les différentes rebellions à l’Est de la RDC et plus spécialement dans la province du Nord–Kivu que l’exploitation s’est faite à grande échelle car le marché de ces minerais était devenu très rémunérateur. C’est alors que vers l’année2012, la société MHI va négocier et va recevoir le permis d’exploitation industrielle de la concession minière de Rubaya auprès du gouvernement central. Dans son mode opératoire, MHI collabore avec la COOPERAMA qui est une coopérative des exploitants artisanaux dans l’activité d’exploitation minière. Un contrat signé entre les deux entreprises donne le monopole d’achat des minerais du carré minier à la société MHI qui est responsable attitré du carré minier alors que la COOPERAMA assure l’encadrement des exploitants artisanaux qui ont l’obligation de fournir les minerais à MHI. Le milieu connaît une grande promiscuité en tel enseigne que les anciens champs agricoles, voir même une grande partie des pâturages sont convertis en parcelles. Egalement, Rubaya est confronté à un sérieux problème d’assainissement avec un risque élevé de contamination des populations et de propagation des épidémies liées à l’insalubrité. Les eaux des rivières et des sources dans et atour de Rubaya et des villages environnants sont très polluées. Sur le plan de la pédologie, le sol est très limoneux et sablonneux, donc très exposé à des érosions et éboulements.
Problèmes entre creuseurs artisanaux et paysans producteurs
D’après les enquêtes réalisées en Avril 2014, la culture de haricot représentait 56%, la Pomme de terre 32% et le Maïs 12%. En 2015, le constat général est tel que la culture de la pomme de terre continue dans le milieu mais pas avec la même ampleur. Pour le haricot, les agriculteurs font maintenant deux saisons culturales au lieu de trois alors que pour le maïs, une saison est tombée. Certaines cultures qui existaient l’année passée dans et autour de Rubaya sont devenues très rares ou presque inexistantes comme la patate douce et le sorgho car cultivées à un taux très réduit actuellement. Malgré la présence d’un marché bien aménagé à Rubaya, les femmes continuent à acheminer les produits agricoles vers les sites miniers et pour le moment, l’on a rapporté que celle-ci ont rapproché le marché des produits à quelques mettre des trous miniers. D’une manière générale, les personnes contactées en guise de témoignage ont reconfirmé que la destruction des champs par les ouvriers miniers s’est accentuée par rapport à l’année passée et jusqu’à présent aucune solution palliative à la situation n’a été trouvée. Pour le moment, l’on a enregistré des cas d’agriculteurs qui ont perdu complètement leurs champs. MAHANO NYANDWI un agriculteur de MUDERI, un village autour de Rubaya a confirmé que ces deux champs de 2Ha ont été complètement détruits par les ouvriers miniers (par piétinement) et qu’aucune solution n’est trouvée jusqu’à présent malgré la présence d’un comité de résolution des conflits entre exploitants et agriculteurs. Selon lui, sur la même terre 12 personnes pratiquaient l’agriculture et pour l’instant, elles sont victimes de cette situation. Le propriétaire du terrain a été contraint de se déplacer du village de Muderi pour Rubaya. MANIRAGABA Faustin, un agriculteur de Luundje, rapporte que son champ de plus ou moins 1Ha a été détruit par les creuseurs par piétinement et vol de la récolte. Le niveau de la destruction de ce champ a contraint ce dernier de l’abandonner. Et pour l’instant, il vit péniblement car ne produisant plus. Selon lui, aucune solution n’a été trouvée en termes de compensation. Jean Bosco HABIARIMANA, un agriculteur de Rubaya, a fait état de vol de sa récolte par les creuseurs sur la colline NGOKWE. Ses pommes de terres installé sur une superficie de 70 ares ont été volés par les creuseurs des minerais. En outre, la même personne a rapporté que certains déplacés installés dans le camp, se livrent également à l’activité minière et de fois ils sont des auteurs de vol des récoltes dans les champs. Selon la même victime, certains creuseurs de minerais ayant des difficultés d’accès aux habitations s’installent dans les champs de culture, cela a comme conséquence la destruction et le vol de la récolte également. Madame THERESE NIYONSABA, une agricultrice de Rubaya s’est plaint parce que son champ d’1Ha a été détruit par piétinement par les marchands qui alimentent les différents sites miniers à produits de première nécessité et suite au ravage des cultures par les chèvres destinées à la vente dans les sites miniers. Pour l’instant aucune solution n’a été trouvée à ce problème, non plus.
Jean Baptiste Musabyimana, AJAC RDC


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